Manuel António Tiago Dias, gouverneur de la Banco Nacional de Angola, la banque centrale du pays, s’entretient avec AFIS au sujet des mesures visant à encourager l’implantation des banques internationales en Angola, des prochaines initiatives en matière de réglementation des technologies financières, de la banque mobile et de la banque numérique, ainsi que de la résolution des « défis structurels » qui entravent l’harmonisation de la réglementation prudentielle entre les différentes juridictions africaines.
Il s’exprimait sur la plateforme de l’AFIS en amont de l’Africa Financial Summit, organisé par Jeune Afrique Media Group et coorganisé par l’International Finance Corporation (IFC). Les inscriptions sont désormais ouvertes via ce lien.
Alors que l’Africa Financial Summit (AFIS) s’apprête à se tenir à Luanda les 3 et 4 novembre 2026, comment décririez-vous l’engagement de l’Angola à accueillir des investisseurs internationaux et des leaders du secteur financier, notamment des banques et des compagnies d’assurance ?
L’Africa Financial Summit (AFIS) à Luanda reflète l’engagement fort de l’Angola à se positionner comme une destination attractive pour les investissements internationaux et à s’inscrire parmi les cinq principaux marchés financiers du continent africain, avec un accent particulier sur la région subsaharienne.
Ces dernières années, le pays a mis en œuvre des réformes structurelles visant à renforcer la stabilité macroéconomique, à améliorer l’environnement des affaires et à consolider le cadre réglementaire du système financier national.
L’Angola a consolidé son engagement en faveur de la modernisation et de l’approfondissement de son système financier, créant un environnement de plus en plus favorable à l’investissement, à l’innovation et à l’intégration régionale.
Nous nous engageons à créer des conditions favorables à l’entrée des banques internationales, des compagnies d’assurance et des investisseurs, en promouvant la transparence, la sécurité juridique et des partenariats stratégiques.
En accueillant l’AFIS, l’Angola renforce sa détermination à s’affirmer comme une destination crédible, prévisible et compétitive pour les investissements internationaux, en reconnaissant le système financier comme un pilier essentiel du développement durable et de l’intégration économique régionale et internationale.
Les tensions actuelles au Moyen-Orient ont généré une forte volatilité sur les marchés pétroliers mondiaux. En tant que grand pays producteur de pétrole, comment l’Angola aborde-t-il à la fois les opportunités et les défis que cette situation représente pour son économie et son secteur financier national ?
Les évolutions internationales, notamment les tensions géopolitiques affectant les marchés de l’énergie, ont un impact significatif sur l’économie angolaise. En tant que producteur important de pétrole, l’Angola est naturellement exposé à la volatilité des prix internationaux du brut, qui demeure le principal produit d’exportation et une source déterminante de revenus pour le budget général de l’État.
En tant que pays producteur de pétrole, l’Angola bénéficie des périodes de prix élevés, qui renforcent les recettes fiscales et en devises, bien qu’il reste dépendant des importations de produits pétroliers raffinés, ce qui, d’un côté, présente des avantages en matière d’exportations. Toutefois, la volatilité des marchés internationaux souligne la nécessité de poursuivre la stratégie de diversification de l’économie nationale.
La priorité demeure l’adoption de politiques budgétaires prudentes, le renforcement de la stabilité macroéconomique et l’atténuation des risques pesant sur le système financier, notamment ceux liés à la dépendance au secteur pétrolier. À cet effet, les autorités angolaises œuvrent à accroître les capacités nationales de raffinage et de stockage de pétrole, notamment avec la future raffinerie de Lobito, actuellement en construction dans le corridor stratégique du même nom.
L’augmentation des prix du pétrole, dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, représente une opportunité cyclique pour l’Angola, en améliorant les recettes fiscales et la position extérieure du pays. Toutefois, si cette hausse peut renforcer les finances publiques à court terme, ses effets sur le coût de la vie nécessitent une réponse équilibrée de la politique économique.
Compte tenu de l’environnement économique actuel, quelle marge voyez-vous pour un assouplissement de la politique monétaire à travers le continent africain ?
Le contexte économique africain actuel présente des réalités différenciées selon les pays, certains disposant d’une plus grande marge pour un éventuel assouplissement de la politique monétaire. Toutefois, la situation continue d’exiger de la prudence, notamment au regard des risques liés à l’inflation, à la volatilité des taux de change et à l’évolution des prix internationaux des matières premières.
Dans ce contexte, tout ajustement de la politique monétaire doit être progressif et adapté aux spécificités de chaque économie.
Dans le cas de l’Angola, la Banque centrale maintient la stabilité des prix comme priorité afin de préserver la valeur de la monnaie nationale, en menant une politique monétaire prudente orientée vers la stabilité des prix dans l’économie nationale.
En décembre dernier, la Banque nationale d’Angola a introduit de nouvelles exigences minimales de fonds propres pour les banques. Comment anticipez-vous que cette politique transformera progressivement le paysage bancaire du pays, et la consolidation du secteur fait-elle partie des résultats attendus ?
Le renforcement des exigences minimales de capital social constitue un pilier central de la stratégie prudentielle, visant à renforcer la solidité, la résilience et la capacité d’absorption des chocs du système bancaire angolais. Cette mesure est conforme aux meilleures pratiques internationales et reflète l’évolution du modèle de supervision prudentielle vers une approche de plus en plus fondée sur les risques.
La révision des exigences minimales de capital social, consacrée par l’Avis n° 06/2025 du 18 décembre, conjuguée à l’activation du coussin de capital pour les institutions d’importance systémique nationale, constitue un dispositif prudentiel plus solide et cohérent. Son objectif principal est de renforcer la crédibilité du système bancaire et sa capacité à absorber les chocs, dans un contexte marqué par des ajustements macroéconomiques et des vulnérabilités structurelles accumulées au cours des dernières années.
Les nouveaux seuils minimaux de capital ont établi une base plus élevée et proportionnée pour l’ensemble du secteur bancaire. Ce cadre permet une allocation plus efficace du capital face aux risques.
La consolidation éventuelle du secteur n’est pas une fin en soi, mais peut émerger comme une conséquence naturelle de l’adaptation aux nouvelles normes prudentielles, contribuant à la formation d’institutions plus solides, efficaces et compétitives, tout en préservant la stabilité financière et la continuité des services essentiels.
Une base de capital plus robuste et crédible renforce également l’attractivité de l’Angola auprès des investisseurs stratégiques nationaux et étrangers de long terme, en réduisant la fragmentation liée aux institutions sous-capitalisées, en améliorant la transparence et en favorisant des investissements apportant capital, expertise et meilleures pratiques de gouvernance, au détriment des flux spéculatifs.
The National Bank of Angola will continue to closely monitor the evolution of the sector and maintain an active dialogue with all stakeholders, ensuring that this adjustment process strengthens confidence, promotes sustainable financial intermediation and strengthens the stability of the financial system.
La Banque nationale d’Angola continuera de suivre de près l’évolution du secteur et de maintenir un dialogue actif avec l’ensemble des parties prenantes, afin de garantir que ce processus d’ajustement renforce la confiance, favorise une intermédiation financière durable et consolide la stabilité du système financier.
La Banque nationale d’Angola est actuellement concentrée sur la sécurisation de sa participation, ainsi que celle des banques commerciales angolaises, au système de règlement brut en temps réel de la SADC (SADC-RTGS), sur l’autorisation de l’utilisation du kwanza comme monnaie de règlement dans ce système, ainsi que sur l’intégration du système de paiement avec les pays avec lesquels l’Angola a établi des protocoles de coopération bilatérale. Une fois ces initiatives finalisées, la Banque nationale d’Angola évaluera sa participation au PAPSS, ainsi que les conditions de participation des banques commerciales angolaises.
La fintech, les portefeuilles numériques et la banque mobile connaissent un essor important en Angola. Fin de l’année dernière, la banque centrale a émis de nouvelles règles visant à renforcer les exigences d’identification des clients et de connaissance du client (KYC) pour la monnaie électronique. À l’avenir, quelles autres lacunes réglementaires dans les domaines de la fintech, du mobile et de la banque digitale considérez-vous comme les plus urgentes et susceptibles de nécessiter de nouvelles mesures ?
Le cadre législatif dans ces domaines est actuellement solide ; toutefois, des réglementations complémentaires couvrant les comptes de fiducie, les services de micro-épargne et de microcrédit au sein des services de paiement sont en cours d’élaboration. À moyen terme, la nécessité de nouvelles réglementations ou de mises à jour du cadre existant sera évaluée en fonction de la dynamique du marché et de l’évolution des risques associés. Il convient également de noter qu’en plus des récentes réglementations relatives aux paiements mobiles, l’Assemblée nationale a adopté la loi sur les startups en mars 2026.
La Banco Nacional de Angola a récemment signé un protocole d’accord avec son homologue nigérian afin de renforcer l’octroi de licences et la supervision transfrontalière des institutions financières. Selon vous, quels sont les principaux défis qu’il reste à relever pour renforcer davantage la coopération en matière de supervision transfrontalière entre les banques centrales africaines ?
Du point de vue de la Banque nationale d’Angola, la signature du protocole d’accord avec la Banque centrale du Nigeria constitue une étape importante dans le renforcement de la coopération en matière de supervision transfrontalière sur le continent africain, notamment dans un contexte d’intégration financière croissante et d’expansion régionale des institutions financières bancaires.
Malgré les progrès réalisés, notamment à travers la participation à la Communauté des superviseurs bancaires africains (CABS) et la mise en place d’instruments bilatéraux entre banques centrales, des défis structurels persistent et nécessitent une attention continue de la part des banques centrales africaines. Parmi les principaux, figurent l’harmonisation des cadres réglementaires prudentiels, la convergence des pratiques de supervision, ainsi que la nécessité de mécanismes plus efficaces pour le partage en temps opportun d’informations sur les risques, la gouvernance et les expositions transfrontalières des institutions financières.
En outre, il existe le défi de renforcer les capacités techniques et opérationnelles des superviseurs, ainsi que de consolider les outils communs de gestion de crise et de résolution bancaire, essentiels pour atténuer les risques systémiques dans un environnement financier de plus en plus interconnecté.
Dans ce contexte, la BNA estime que l’approfondissement de la coopération transfrontalière entre banques centrales doit reposer sur une approche progressive et pragmatique, fondée sur la confiance institutionnelle, afin de favoriser l’échange d’informations prudentielles et le renforcement de la supervision en matière de prévention et de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. À cette fin, il est proposé non seulement de recourir à des accords bilatéraux, mais également de promouvoir une articulation stratégique au sein des plateformes régionales et continentales de supervision financière, en cohérence avec les objectifs de stabilité, de solidité et de durabilité des systèmes financiers africains.