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Trois solutions pour combler le déficit de financement des PME en Afrique

Trois solutions pour combler le déficit de financement des PME en Afrique
01 Mar 2022

Les participants au 3e webinaire de l’Africa Financial Industry Summit-AFIS ont mis en avant 3 axes pour combler le déficit de financement des PME en Afrique : l’analyse des données numériques, le renforcement des capacités et les modèles axés sur l’Afrique. 

Kingsley Kobo 

Selon la Banque mondiale, les PME d’Afrique subsaharienne sont confrontées à un important déficit de financement de l’ordre de 330 milliards de dollars. Une question cruciale pour la survie de ces 40 millions d’entreprises qui représentent 60 % des emplois en Afrique. 

« Les économies subsahariennes ne peuvent se développer si elles négligent le segment des PME », met en garde Sharmila Hardi, responsable mondiale des services bancaires à l’IFC (International Finance Corporation). L’organisation dédiée au secteur privé et membre du groupe Banque mondiale vient d’ailleurs de débloquer 2 milliards de dollars pour revitaliser le fonds de roulement des PME face à la Covid-19. 

Elle s’est exprimée le 23 novembre lors d’un webinaire organisé par l’Africa Financial Industry Summit (AFIS), la plateforme de référence pour les banques, les fintechs et les régulateurs financiers d’Afrique. 

Des données trop rares 

Sokhna Maïmouna Diop, Directrice générale adjointe des finances, de la stratégie et de la transformation de la société bancaire d’Afrique de l’Ouest, CBAO (appartenant au groupe bancaire marocain Attijariwafa Bank), au Sénégal, explique que de nombreuses PME n’arrivent pas à obtenir de prêts parce qu’elles ne peuvent pas présenter des états financiers en bonne et due forme : « Les connaissances et les données sont deux éléments clés. Mieux nous connaissons les activités et les chaînes de valeur des PME, mieux nous pouvons évaluer les risques et y faire face. » 

Selon elle, le besoin de financement de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), qui est estimé à 80 milliards de dollars, est une « formidable opportunité » pour les institutions financières du continent. 

Financer la chaîne d’approvisionnement 

D’après Philip Sigwart, PDG de Baobab Group, une entreprise française qui propose des solutions de microfinancement et des services financiers aux PME en Afrique et en Chine, environ 80 % des PME d’Afrique subsaharienne ne bénéficient d’aucun financement bancaire et la situation change peu avec le temps. 

Il estime que le financement de la chaîne d’approvisionnement peut réduire les risques côté prêteurs et augmenter les bénéfices des PME. Grâce à ce type de financement, les PME peuvent allonger leurs délais de paiement et ainsi payer leurs fournisseurs plus tôt. 

Pour Philip Sigwart, lier l’octroi de prêts à l’achat de biens spécifiques paraît une bonne solution : « Au lieu de donner de l’argent aux entrepreneurs des PME, les fonds sont utilisés pour acheter les marchandises directement auprès des fournisseurs. » Plusieurs participants ont exprimé le même point de vue.  

Augmenter les limites de crédit grâce aux données 

Pour Tirus Mwithiga, Directeur groupe, commerce de détail chez la banque kényane NCBA, le système de prêts numériques qu’ils ont développé sur leur plateforme en ligne est une bonne solution pour les PME, car le transfert de fonds est instantané : « 40 000 demandes de prêt sont envoyées chaque jour sur M-Shwari. Sur notre service de découvert Fuliza, ce sont 4 millions de transactions qui se font chaque jour, la plupart dans le cadre d’échanges commerciaux. »  

Selon lui, ces solutions numériques informent sur le comportement des emprunteurs, ce qui pourrait augmenter les limites de crédit. Kariuki Ngari, PDG, Standard Chartered Bank Kenya, souligne lui aussi l’importance des données, qui facilitent la prise de décision en matière d’accord de prêts et d’évaluation des risques : « Utiliser la technologie comme source alternative de données aide les PME à présenter un historique de leurs activités aux prêteurs. Cela peut suffire pour qu’on leur donne le feu vert. » 

Renforcer les capacités des PME, une priorité 

Pour l’ensemble des participants, la priorité est de renforcer les capacités des PME. Les prêteurs doivent avoir suffisamment de données financières à leur sujet pour leur accorder des prêts.  

Pour Constant N’zi, Directeur des risques chez African Guarantee Fund, une institution multilatérale dédiée aux PME : « Les grands acteurs doivent mettre en place des mécanismes pour aider le financement des PME à échelle locale. » Il ajoute qu’avoir une bonne culture financière aide les PME à obtenir des prêts : « L’African Guarantee Fund comme d’autres institutions financières développent des programmes spéciaux pour améliorer les connaissances financières des PME en amont ». Une approche qui a déjà obtenu des retours positifs.  

Faut-il éviter les modèles occidentaux ? 

Ebiekure Eradiri, Secrétaire général de l’Association panafricaine pour les PME, plaide quant à lui pour une politique financière axée sur l’Afrique. Selon lui, les prêts aux PME restent problématiques, car les institutions financières suivent un modèle occidental peu adapté aux PME africaines. 

Des solutions alternatives existent, comme le prêt communautaire et l’accès aux prêts par l’intermédiaire d’associations d’entreprises et de coopératives. Leurs membres peuvent se porter garants les uns des autres, fournir des garanties mobiles et apporter leurs qualités morales. 

Philip Sigwart de Baobab est du même avis : « Les institutions financières et la finance dans son ensemble doivent s’adapter à la société africaine. Un modèle de prêt de groupe comme celui de Chama au Kenya est un bon exemple de prêt alternatif. » 

Le Chama est un type de groupe de microépargne qui a vu le jour au Kenya dans les années 1960. Il s’agit d’une coopérative informelle qui met en commun l’épargne et investit dans des projets mutuellement bénéfiques. 

Pour en savoir plus, regardez le replay du webinaire « Éliminer les barrières au financement des PME en Afrique ». 

 Pour en savoir plus, regardez le replay du webinaire